Au bout du Freycinet 10, le portique de la pipe à sucre est en train d’être déconstruit.
Durant plusieurs décennies, il était exploité par le terminal sucrier TTS (Trans Terminal Service) avec les dockers de la Cogema, puis de STEM, pour l’export de sucre. Le sucre arrivait par camions ou par trains, était déchargé dans le TTS avant d’être acheminé vers la pipe de chargement du portique via des bandes transporteuses couvertes.
Ce portique était affecté à un type de navire bien particulier : les Bibo (pour Bulk In, Bags Out « vrac à l’entrée, sacs à la sortie »), des bateaux-usines qui réceptionnaient le sucre brut ou raffiné des Hauts-de-France et le conditionnaient en sacs (de 50 kg en général) à bord, grâce à leur unité d’ensachage intégrée. Ce type de navire permettait de poursuivre le chargement même par temps de pluie, contrairement aux vraquiers classiques à ciel ouvert. Les dockers étaient d’ailleurs chargés de vérifier l’étanchéité du bateau au niveau de la pipe, le sucre ne supportant pas l’humidité.
Le TTS, géré par une filiale du groupe Cristal Union, a été l’un des principaux théâtres d’opération de ces géants des mers. Des navires célèbres comme le CHL Progressor (40 000 tonnes) ou le CHL Innovator venaient régulièrement y charger du sucre.
Si le portique de la pipe de chargement est actuellement démoli par l’entreprise SMCE, l’activité sucre ne s’arrête pas pour autant : les méthodes ayant évolué.
Moins visible, la majeure partie des exportations sucrières transite aujourd’hui par des conteneurs maritimes, remplis de sacs à quai.
Et ce sont toujours les dockers qui sont chargés de remplir ces conteneurs : les sacs de sucre arrive via un tapis roulant dont la cadence est gérée par un docker, des dockers places les sacs de manière ordonnée tout en maintenant le rythme. Un geste d’accompagnement du sac qui demande une certaine dextérité pour ne pas ralentir la cadence d’autant que la tâche se complique au fur et à mesure que le conteneur se remplit. Chaque conteneur doit contenir 480 sacs de 50 kg, soit 24 tonnes de sucre.
En 2025, le terminal TTS, filiale du groupe Cristal Union, a connu une relance de son activité pour la deuxième année consécutive, grâce à la reprise des exportations de sucre en sacs conteneurisés.
La démolition de ce portique marque la fin d’une époque, celle des Bibo, mais elle ne signe pas le déclin de l’activité sucrière dunkerquoise. En s’adaptant aux nouvelles réalités du commerce maritime, le terminal TTS démontre la capacité du port de Dunkerque à se réinventer pour conserver une activité historique et liée à la région Hauts-de-France.

